Mustapha Ben Jaâfar, président de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC),
la plus haute Instance en Tunisie, la normalisation des relations avec Israël n’est bloquée que par une minorité de nationalistes extrémistes. Cette déclaration, qui plus est commise à
Vienne lors d’une visite officielle (obligation de réserve ?!), est lourde de sens, de significations, voire d’arrière-pensées. Mustapha Ben Jaâfar serait-il enclin à faire le lit d’un
obscur projet de normalisation ?
Réduire un désaccord profond secouant la Tunisie à l’opposition de quelques
“extrémistes” est non seulement une insulte au peuple tunisien, en majorité contre toute idée de normalisation, mais notamment une manière bien inconsidérée de traiter une telle question
chargée de tension, de rivalité et de symbole.
Dans quel cadre sied-il de situer la déclaration de Mustapha Ben Jaâfar
quand on sait que Farida Labidi, présidente de la commission des droits et des libertés à l’ANC, a annoncé, le 31 juillet 2012, que la majorité des membres de la commission ont voté en
faveur de la criminalisation de toute forme de normalisation avec l’entité sioniste.
A moins que les membres de cette commission ne figurent également dans
cette minorité d’”extrémistes” que Mustapha Ben Jaâfar a pointée et désignée comme petit groupe de pression contre la normalisation des relations avec Israël. Par
là,
Mustapha Ben Jaâfar s’efforce-t-il à éluder le Pacte Républicain (adopté à
l’unanimité par la Haute Instance en Juin 2011) dont le texte met l’accent, entre autres, sur la nécessité de faire face à toutes formes de normalisation avec Israël. Sans compter que la
société civile tunisienne a manifesté, à diverses reprises, appelant à Criminaliser la normalisation dans toutes ses formes, politiques, économiques et culturelles.
Sur un autre plan, ladite déclaration de Mustapha Ben Jaâfar ne peut être
dissociée des affirmations dont certains membres du gouvernement s’étaient rendus coupables. Rafik Abdesselam, Ministre des Affaires Etrangères, n’a-t-il pas signifié, en Mars 2012, son rejet
de toute idée d’inclure une clause dans la Constitution tunisienne criminalisant la normalisation avec Israël, même s’il n’a pas manqué d’atténuer l’impact de sa position en précisant que
le gouvernement n’établira pas de relations avec l’entité sioniste.
Abondant dans le même sens, Tarek Dhiab, Ministre de la jeunesse et des
Sports, n’a-t-il pas déclaré, en Avril 2012, que le gouvernement ne voit aucun problème à accepter une aide d’Israël. Donc, deux ministres d’Ennahdha, se positionnant sur la même longueur
d’ondes, est-ce fortuit ?
En revanche, le grand parrain, le cheikh Rached Ghannouchi, arguant que
“Le problème des Tunisiens est avec le sionisme et non avec le judaïsme“, a bien indiqué qu’il ne peut y avoir de normalisation avec Israël. Même son de cloche chez Hamadi
Jebali, Chef du Gouvernement, qui a signalé, à la tribune de l’ANC en Décembre 2011, que la Tunisie soutient la cause palestinienne et refuse la normalisation avec
Israël.
Qui croire alors ? Les deux plus hauts dignitaires d’Ennahdha ou les
deux petits lieutenants ? Et quand on épingle le double langage d’Ennahdha, certains vocifèrent et prêchent le contraire à coups d’invectives, de réquisitoires et de procès
d’intentions.
N’en déplaise à certains partisans de la normalisation, invoquant à
tue-tête qu’on ne peut être plus royaliste que le roi, la Tunisie, en majorité, refuse de franchir le pas, ligne rouge pour beaucoup. Ni le lieu ni le moment ne se prêtent pour exposer la
nature fasciste d’Israël ni ses mythes fondateurs (comme disait Roger Garaudy). Il s’agit surtout de s’opposer contre le sionisme, idéologie colonialiste, raciste et
criminelle.
La question n’est pas de nourrir l’amalgame et de ramener le conflit à une
opposition confessionnelle Islam/Judaïsme. Il est notamment question de lever les boucliers contre un produit de l’impérialisme et un Etat artificiel, crée de toutes pièces, bénéficiant
du soutien massif et inconditionnel des “maitres du monde”. Rien qu’au Conseil de Sécurité, les Etats Unis ont opposé leur véto à plus de 80 reprises pour défendre
Israël.
Enfin, il y a un devoir de mémoire
D’abord, pourquoi oublier ou occulter qu’Israël a attaqué et bombardé la
banlieue de Tunis en Octobre 1985 alors que notre pays n’était ni sur la ligne du front ni se déclarant en guerre contre Israël. Cette agression de la part de l’armée de l’air
israélienne, baptisée opération Jambe de bois, restera dans annales onusiennes comme l’unique cas où les Etats Unis n’ont pas brandi, comme à l’accoutumée, leur droit de
véto.
Ensuite, pourquoi faire taire la voix de la révolution tunisienne et du
printemps arabe qui a apporté un appui renouvelé et toujours massif au peuple palestinien et à sa juste cause.
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