Dans nos précédents articles, nous
vous proposions des analyses concernant le négationnisme de la presse française et l’antisémitisme des dépêches
de l’AFP, aujourd’hui c’est Gilles William Goldnadel qui s’interroge sur le rôle des médias de service public dans la montée de
l’antisémitisme en France.
L’émotion produite par la découverte d’un réseau djihadiste
français violemment anti-juif aura atteint son paroxysme lundi dernier. Il est assez édifiant de regarder à quoi a pu ressembler le jour
d’après. Après que la réalité de la menace a commencé progressivement par être remplacée par l’idéologie virtuelle qui conditionne non seulement les propos mais encore les
comportements.
Mais avant cela, il n’est pas inutile de rappeler que, selon le Figaro du lundi 8 octobre (« 12 apprentis djihadistes prêts à mourir »), l’un des individus
arrêtés « était abonné via Facebook à plusieurs sites religieux fondamentalistes,
il diffusait des photos de bébés palestiniens tués ou d’un soldat israélien pointant son fusil en direction d’un enfant. Avec ce commentaire d’internaute : Comment ne pas être haineux envers ce
peuple maudit ? » Tout comme Mohamed Mérah, dont on sait qu’il avait inséré dans le film qu’il avait tourné pendant le massacre des enfants juifs de Toulouse, la photo d’enfants
de Palestine qu’il voulait venger, dont celle de Mohamed Al Dura à Gaza, dont la mort est toujours controversée.
Dès le mardi, le responsable de la revue de presse de France Inter a cru bon de faire entendre des extraits de la chanson du groupe Zebda (de
Toulouse…), dont Le Monde rappelle qu’il ne cache pas « son militantisme pro
palestinien », intitulée : « Une vie de moins ». Arrêt sur
image et son : le vidéo-clip de cette chanson, composée par l’universitaire que j’épinglais il y a peu pour avoir loué la modération des Frères Musulmans égyptiens, est accompagné d’un dessin
animé ou apparaissent en boucle des images de soldats israéliens menaçant de leurs armes des enfants de Palestine. Extraits : « J’ai vécu les vagues humaines de l’intifada. J’ai vécu cortèges et grèves, drapeaux à bout de
bras. Nous chantions à pleins poumons notre passion. Tandis qu’au-dessus de nous paradaient leurs avions. Je suis mort atteint d’une balle perdue. Je suis mort assassiné par un homme inconnu
qui croyait faire son devoir en tirant dans le brouillard sur des ombres ennemies aux armes dérisoires. Je suis mort un soir d’automne, un soir de Ramadan… »
France télévision info, le site officiel de notre chaîne publique nationale, diffuse le clip de
Zebda et en fait la promotion. À noter que l’auteur et les chanteurs se sont rencontrés, comme ils s’en vantent, dans le cadre d’une tournée régionale du groupe dans la Syrie d’Assad. Je
rappelle, en passant, que le bilan des massacres en Syrie a déjà dépassé en une année le nombre de morts causées par le conflit israélo-palestinien depuis 1948. Je ne souhaite pas ici et
maintenant expliquer en quoi, selon moi, ce palestinisme obsessionnel est inepte et injuste. Je pose simplement les questions : était-il indispensable, toutes affaires cessantes, ce mardi
9 octobre de diffuser sur les ondes nationales, dans le cadre insolite d’une revue de presse, cette chanson militante ?
Était-il tout aussi indispensable, de la part de la seconde chaîne de
télévision nationale de diffuser et de faire la promotion de ce vidéo-clip littéralement ravageur ? Quelles sortes de rage, stupidité, ou irresponsabilité poussent des journalistes du
service public à de telles initiatives ? J’affirme, au nom de l’expérience récente et tragique, que les ingrédients de cette chanson peuvent produire, mis dans certaines têtes, les mêmes
effets qu’une cocotte-minute, un réveille-matin, et des clous dans certaines mains. Avec une aussi belle promotion, cette chanson devrait faire un malheur.
Dans un ordre d’idées voisin, s’agissant notamment de la folle obsession
palestinienne, on a vu la motion de Stéphane Hessel, présentée devant le Parti Socialiste, recueillir pas moins de 12% des suffrages. J’ai écrit ce que je pensais de l’indignation unique
et mensongère de l’ancêtre suprême, j’ai publié dans les colonnes d‘Atlantico (le
16 juillet) ses déclarations ahurissantes et lénifiantes de 2011 à la presse allemande sur la « souple » occupation nazie. Jean-Marie Le Pen a été condamné pour bien moins que
cela. Hessel, lui, est plébiscité par la gauche « anti-raciste ». À
l’heure où l’idéologie dominante ne cesse de ratiociner avec succès sur la droitisation de l’opposition, qu’attend donc cette dernière pour évoquer la gauchisation du PS
?
Dès le mardi matin, une partie de la presse – un temps tétanisée par les
révélations sur le réseau djihadistes – repartait allègrement en guerre contre le pain au chocolat de Jean-François Copé. Dans la foulée, le CFCM décidait d’attraire en justice ce
dernier. Dans les colonnes d’Atlantico, Charb, le directeur de Charlie hebdo, qui, ordinairement, n’y va pas avec le dos de la cuillère pour dire ce qu’il
pense des actions en justice contre la presse, tournait laborieusement autour du pot pour dire ce que lui inspirait l’initiative judiciaire de l’organe représentatif du culte
musulman. Plutôt que de montrer avec opportunisme le postérieur de leur prophète, il devrait s’abstenir de lécher celui de ses fidèles trop empressés.
Le twitt de Pierre Bergé, concernant le tombeur de Ségolène Royal, Olivier
Falorni : « traître un jour, traître toujours », sous prétexte que le
malheureux aurait osé voter contre le traité européen, a connu un succès médiatique qu’il n’est pas interdit de trouver excessif.Sur le fond, il n’est peut-être pas interdit non plus de trouver
qu’en matière de trahison de leurs idées, la grande majorité des godillots socialistes qui viennent d’approuver à l’automne une disposition sarkozyste qu’ils foulaient aux pieds à la belle
saison, pourraient en remontrer au nouveau député de Charente-Maritime.
Mariage homosexuel, enfin : Mme Najat Vallaut-Belkacem est montée sur ses
grands chevaux vendredi pour dire tout le mal qu’elle pense de l’initiative de certains maires qui refusent par avance de célébrer des mariages homosexuels, en cas d’adoption d’un projet de loi
l’autorisant. « J’estime que la loi est faite pour être appliquée par tous et
toutes. Sinon, dans quel monde vivrions-nous ? » S’est interrogée à voix haute, la gracieuse porte-parole du gouvernement. Dans le monde d’aujourd’hui, Madame la ministre,
dans cette France dans laquelle, des magistrats payés pour faire appliquer la loi républicaine, et membres d’un syndicat – pépinière de votre parti politique – claironnent depuis des années, à
coups de pétitions, qu’ils refuseront d’appliquer les lois sur les flux migratoires taxées de scélérates. C’est le monde de Réseau d’Educateurs Sans Frontières qui prônent la « désobéissance civique » en faveur des sans-papiers. C’est le monde de Droit au
Logement qui favorise les squats. C’est le monde de votre allié José Bové qui détruit les cultures, au nom de sa conception toute personnelle de l’intérêt suprême.
Ce monde, c’est votre monde, Madame, et nous y vivons déjà.





